Comment la technologie tisse ensemble la traçabilité du textile et de la mode

Comment la technologie tisse ensemble la traçabilité du textile et de la mode

Une contribution invitée d’Aileen Ryan, Présidente-directrice générale de la RAIN Alliance. Le choix du support de données est l’une des premières vraies décisions de tout projet de Passeport Numérique de Produit — une décision que GO TRACE aborde sans parti pris pour un fournisseur. Aileen expose ici les arguments en faveur du RAIN RFID et de l’infrastructure de distribution déjà en place.

L’industrie de la mode est responsable de 92 millions de tonnes de déchets par an. Et tandis que les détaillants de « fast fashion » continuent d’inonder le marché de vêtements bon marché et de faible qualité, les Nations unies estiment que d’ici 2030 ce volume de déchets atteindra 134 millions de tonnes. La pression pour répondre à ce gaspillage — et, plus largement, pour renforcer la durabilité opérationnelle dans l’ensemble de l’industrie du textile et de l’habillement — s’accroît donc rapidement.

Des organisations nationales et internationales sont en train d’élaborer des réglementations robustes en matière de durabilité afin d’accélérer la transition vers des pratiques plus vertueuses. La loi californienne Responsible Textile Recovery Act of 2024 (SB 707) a enclenché la première exigence à l’échelle d’un État américain imposant aux producteurs de textile de gérer le recyclage et la réutilisation de leurs produits. De son côté, le futur règlement de l’Union européenne sur l’écoconception des produits durables (ESPR) imposera à chaque vêtement et textile vendu dans l’UE de porter un Passeport Numérique de Produit (DPP), contenant des informations lisibles par machine sur l’origine d’un produit, sa composition et son processus de fabrication, aisément accessibles tout au long du cycle de vie du produit.

Pour accéder aux données de traçabilité d’un produit, les consommateurs et les entreprises devront interagir avec un support de données qui relie le produit physique à ses informations DPP numériques, créant une documentation irréfutable du parcours du produit, de la source à l’utilisateur final. Choisir le bon support de données pour un produit donné est cependant une décision fondamentale. Si une conformité de base pourrait être atteinte avec plusieurs supports de données différents, les acteurs les plus innovants rechercheront aussi des solutions qui débloquent des bénéfices supplémentaires — en améliorant à la fois l’efficacité opérationnelle et l’engagement client.

Choisir le bon support de données

À ce jour, aucun support de données unique n’a été imposé comme la solution privilégiée pour le DPP. Les options actuellement à l’étude par les législateurs du monde entier incluent les QR codes, la Near Field Communication (NFC) et le RAIN RFID — chacun ayant ses propres atouts selon le cas d’usage DPP précis.

Au moins dans un premier temps, une approche flexible et multi-supports optimisera l’efficacité du DPP, car chaque support possède ses propres forces le long de la chaîne de valeur. L’usage simultané de tags RAIN et d’autres supports de données contribuera à garantir un suivi complet du produit et des instructions de fin de vie essentielles pour les trieurs et les recycleurs, tout en offrant aux consommateurs un accès facile à des informations produit complètes via une technologie plus familière, comme les QR codes.

Pour le textile, garantir que les données du DPP restent accessibles tout au long du cycle de vie du produit représente un défi de taille. Là où certaines solutions peuvent s’effacer avec le temps, les tags RAIN peuvent rester fonctionnels même après une exposition à des conditions météorologiques extrêmes, à une activité intensive et à des centaines de cycles de lavage. Ces tags ne nécessitent par ailleurs aucune batterie interne — ils peuvent récupérer l’énergie du signal du lecteur pour alimenter un bref échange de données — ce qui signifie qu’ils peuvent rester fonctionnels dans des cas d’usage où une batterie interne serait irréaliste, comme le textile.

Le RAIN RFID figure déjà parmi les supports de données autorisés dans le projet de norme DPP CEN/CENELEC JTC 24, et il est reconnu comme une solution solide dans de nombreux cas d’usage. Ce qui contribuera à accélérer son adoption dans le secteur du textile et de l’habillement, toutefois, c’est qu’une grande partie de l’infrastructure nécessaire est déjà en place.

S’intégrer à l’infrastructure de distribution existante

Plusieurs grands détaillants font confiance au RAIN RFID pour leur gestion des stocks depuis plus de dix ans. Le marquage RAIN à l’unité offre une visibilité en temps réel sur les positions de stock, livrant un inventaire précis en quelques secondes. Mais ces dernières années, la technologie est passée d’un outil d’inventaire innovant à une infrastructure fondamentale.

Une visibilité accrue à l’unité permet aux détaillants de traiter les points de blocage à n’importe quel maillon de la chaîne d’approvisionnement avant qu’ils ne génèrent de la démarque inconnue. Toute mauvaise affectation de stock peut être identifiée et corrigée immédiatement grâce aux données en temps réel, ce qui aide l’industrie de l’habillement à réduire le gaspillage et à atteindre ses objectifs de durabilité en diminuant le volume global de ressources consommées.

De plus, les mêmes tags utilisés pour la gestion des stocks peuvent aussi servir d’outil de sécurité essentiel. Le tag RAIN en place fait également office d’antivol de surveillance électronique des articles (EAS), offrant le même effet dissuasif qu’un antivol rigide traditionnel, mais sans avoir à clipser quoi que ce soit sur le produit. Et grâce aux données du DPP, il porte aussi une chaîne de possession aisément accessible et infalsifiable — apportant aux vendeurs comme aux clients une transparence totale sur l’authenticité de l’article échangé. Ce faisant, il protège la marque contre la perte de revenus et de réputation que peuvent entraîner des contrefaçons de mauvaise qualité inondant le marché. De son côté, le client peut avoir l’assurance que son achat est légitime, sûr et de la plus haute qualité.

Enrichir l’expérience utilisateur

Cette méthode d’authentification est par ailleurs appelée à devenir plus simple, à mesure que se poursuivent les travaux visant à intégrer des capacités de lecture RAIN dans les smartphones du quotidien. Il deviendra ainsi possible pour les consommateurs et les entreprises d’interagir avec des produits porteurs de tags RAIN sans équipement spécialisé. Tout utilisateur autorisé pourra interagir en toute sécurité avec les articles connectés, ouvrant la voie à des expériences en magasin enrichies et permettant la vente incitative, la vente croisée et l’authentification des produits. Cela signifie aussi que les consommateurs pourraient scanner les données DPP d’un produit depuis leur propre smartphone, rendant la traçabilité des vêtements accessible à tous.

Tisser ensemble la traçabilité

Les chaînes d’approvisionnement de l’industrie du textile et de l’habillement sont de plus en plus mondialisées. Un seul vêtement comptera de multiples fournisseurs de matières premières, ateliers de coupe et confection et prestataires logistiques répartis sur plusieurs continents, et chaque transfert crée une nouvelle faille potentielle dans les enregistrements de traçabilité. Le RAIN RFID offre une solution pratique, abordable et accessible qui facilite une traçabilité transparente et l’efficacité opérationnelle grâce à la visibilité à l’unité.

Les exigences formalisées du DPP pour l’industrie textile européenne sont attendues d’ici 2027, et la loi californienne SB 707 devrait être mise en œuvre d’ici juillet 2028. Pour assurer la continuité le long de chaînes d’approvisionnement longues et complexes, les fabricants, les détaillants et les marques doivent commencer leurs préparatifs dès maintenant. S’appuyer sur une technologie éprouvée et fondée sur des normes comme le RAIN RFID, c’est permettre à chaque fil de la chaîne d’approvisionnement du textile et de l’habillement d’être tissé ensemble en un écosystème harmonisé et interopérable.


Aileen Ryan est Présidente-directrice générale de la RAIN Alliance. Elle a occupé des postes de direction dans les domaines du logiciel, de l’ingénierie matérielle, de la stratégie et des technologies, au sein d’organisations telles que Siemens, TM Forum, Huawei et Motorola, et est titulaire d’un MBA, d’un MSc en informatique et d’un diplôme en génie électrique.